L'attelage en tandem

Le tandem

M. Debrichy

Quelques mots sur le tandem


Au hasard de mes lectures, je viens de redécouvrir un article intitulé Quelques mots sur le tandem publié en 1903 dans le Sport universel illustré et signé C.L. Parmi les quelques photographies intéressantes de Delton, trois attelages en tandem. Cet article se présente comme une apologie d'un mode d'attelage que l'auteur prétend " si calomnié et si consciencieuseme décrié " ! Par ailleurs, il reconnaît que " le tandem n'est pas l'attelage chic par excellence (mais) sortant un peu de l'ordinaire et réservé à quelques hommes de cheval qui possèdent au plus haut point le sang-froid, le tact et la décision ". Rappelons que dans l'expression attelage en tandem, utilisée quand les deux chevaux sont placés l'un derrière l'autre, le mot latin (tandem : enfin) a été choisi par effet homonymique avec la locution at length (à la longue, en longueur) de l'argot scolaire anglais, comme le signale le Nouveau dictionnaire étymologique et historique d'A. Dauzat

Parmi les reproches, fréquents semble-t-il, il y a un peu plus d'un siècle, l'auteur  évoque  celui d'être " un attelage qui n'a pas sa raison d'être ", " qui fatigue beaucoup les chevaux " et " qui est excessivement dangereux "...
M. Debrichy
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Ad-hoc & Sylfide
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Pourquoi mener en tandem?
A l'origine, ce mode d'attelage avait une véritable raison d'être. L'Anglais passionné qui se rendait à une journée de chasse, attelait son hunter devant son attelage habituel à un cheval. Le premier ne tirait pas et donc arrivait frais au lieu de rendez-vous. Cette façon d'atteler s'est étendue même en dehors des déplacement pour la chasse et se rencontre régulièrement dans les épreuves de tradition.
Ce mode d'attelage fatigue-t-il trop les chevaux ?
En général il fatigue soit le leader, si celui-ci tire seul et inconsidérément, soit le wheeler qui porte les brancards et donc le poids du véhicule, surtout si celui-ci est mal équilibré...mais pas véritablement plus que dans le cas d'un attelage classique à deux roues... destiné à un seul cheval !
Mener en tandem est-il dangereux ?
L'auteur reconnaît que c'est parfois vrai pour un meneur peu expérimenté qui utilise des chevaux peu ou mal préparés, surtout s'ils sont mal attelés et menés sans discernement.
L'auteur poursuit en développant quelques considérations sur cet exercice si délicat qu'il le réserve à des meneurs avertis

Les chevaux

En principe, les connaisseurs préfèrent des chevaux brévilignes pour que l'ensemble de l'attelage ne soit pas trop long et par là disproportionné par rapport au véhicule. Le wheeler sera d'un beau modèle, entre le cheval de selle et le carrossier, avec de belles actions ; le leader, toujours plus petit, sera de même modèle. Les deux auront la queue coupée court et la crinière très raccourcie. Si les deux chevaux ne sont pas d'un modèle proche, mieux vaut qu'ils soient radicalement différents. Plus encore que pour les autres formes d'attelages, les chevaux attelés en tandem doivent être sûrs. Celui de brancard, attelé très près de la caisse, doit être parfaitement calme, avec des allures soutenues. Celui de volée peut être plus brillant et plus vif. Tout ceci montre l'importance du dressage des chevaux, éduqués séparément puis ensemble.
La voiture

La voiture, généralement un dog-cart, doit être haute pour que le meneur  profite d'une bonne visibilité, large et pas trop légère pour assurer la stabilité de l'équipage. Les accessoires sont peu nombreux : deux lanternes, une trompe comme pour un attelage à quatre, mais plus petite, placée à gauche dans un fourreau en cuir alors que le panier destiné aux cannes est accroché à droite. Le fouet est le même et s'utilise de la même façon que celui d'un attelage à quatre.
Les harnais

Le harnachement habituel est constitué d'une bride avec filet à quatre anneaux pour le leader et un mors ordinaire (aux branches reliées) pour le wheeler. Les clefs de sellette et de brides sont semblables à celles des attelages à quatre. Les croupières sont cousues et dépourvues de boucle pour éviter qu'elles ne soient accrochées par les guides. La seule originalité réside dans la façon de rendre solidaires les deux chevaux. Deux méthodes existent : ou bien les traits du premier sont directement attachés aux extrémités des traits du second, ou bien on utilise un double palonnier. Celui-ci est constitué d'un maître-palonnier (relié au centre au collier et par ses deux extrémités aux traits du wheeler) accroché en son milieu au sommier qui reçoit les traits du leader. Ce second procédé, d'origine américaine, est plus fiable et sera plus tard recommandé par Benno von Achenbach et Max Pape.
A l'origine, le leader, qui devait servir pour la chasse, était sellé et bridé comme un cheval de selle ordinaire auquel on ajoutait une bricole. Aujourd'hui, il sera garni comme un cheval d'attelage habituel mais sans reculement.
L'auteur termine par quelques considérations sur la promenade en tandem. Sur une voiture menée de la sorte, on monte par la droite, comme sur un coache, et c'est aussi de ce côté que l'on place les guides dans l'anneau de sellette du wheeler quand on en descend. C'est le wheeler qui démarre le premier, pour éviter les à-coups, le leader, quant à lui, doit tirer le moins possible et garder les traits tendus en montée seulement. Les chevaux menés avec légèreté doivent bien évidemment rester parfaitement en ligne. Pour le meneur, l'effort physique est réduit, ce qui explique que, assez souvent, des femmes ont préféré l'attelage en tandem qui demande également beaucoup de dextérité, à l'attelage à quatre chevaux.
Dans le passé, l'attelage en flèche, formé de plusieurs chevaux en file les uns derrière les autres, a été fréquemment utilisé pour la traction de charges lourdes, notamment dans certains travaux agricoles. Dans ce cas, on parle d'attelage en flèche, réservant l'appellation en tandem pour les attelages de chevaux de sang et donc utilisés pour les loisirs et la promenade. Les termes randem, random et tridem (trois chevaux) sont moins fréquents.
Le haut degré de technicité et d'habileté dont doit faire preuve le meneur qui utilise un tandem rend aujourd'hui cette pratique plutôt rare mais très appréciée des connaisseurs. Pas étonnant que les épreuves de tradition lui accordent une place importante.
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Le Mont-Saint-Michel                                Les voitures de Genêts.
Pour conclure, rappelons qu'une tradition quelle qu'elle soit ne doit pas figer une pratique mais plutôt protéger des usages qu'un changement d'époque, de mode ou de goût risquent d'effacer de nos mémoires... La sauvegarde d'un patrimoine est à ce prix !
HIPPOMOBILES
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Webmaster Michel Debrichy michel@debrichy.beCliquez ici pour vous abonner à ce flux RSS " Dernière mise à jour: dimanche 19 avril 2009"